Les Cisterciens au Vercovault (Texte de Claude Chapuis)

Lors de la fondation du « nouveau monastère, » construit en bois dans un marécage en 1098, les « moines blancs » bénédictins eurent besoin de vin sacerdotal et se constituèrent un magnifique domaine viticole dont le plus beau fleuron reste le Clos de Vougeot.

 

Le Clos de Vougeot

 

Grâce à de généreux donateurs et aux croisés qui cherchaient à se concilier les faveurs du ciel, les dons affluèrent à l’Abbaye de Cîteaux qui ne cessa de s’étendre jusqu’à la fin du XIV° siècle.

 

L’origine du cellier cistercien d’Aloxe est inconnue mais des documents nous révèlent qu’en 1167, Cîteaux possédait un beau domaine « en Verconsault » (aujourd’hui les Vercots.)

 

Climat "Les Vercots"

 

Dès lors, ses propriétés ne cessèrent de s’agrandir. En 1160, Henri, prêtre de Châteauneuf, lui avait donné ses vignes de la Cras et de Corton. En 1180, l’Abbaye Sainte Marguerite, sise à Bouilland, lui céda une parcelle de vigne voisine de la sienne. En 1200, une pièce de Boutières lui fut donnée par Barthélémy, prêtre de Brétigny. C’est au cours de cette même année que les religieux installèrent l’intendant Pierre de Bessey, preuve que leur domaine était déjà important. En 1212, la femme Boilet fit don de plusieurs pièces de vignes situées en Corton et notamment d’une parcelle jouxtant le bois. (Au Moyen-Âge, le Courthon désignait les climats des versants Est et Sud-Est du coteau.)

 

Climats "Les Cras" "Les Vercots"

 

En outre, les Cisterciens possédaient des vignes ès Echaillier de Corton (aujourd’hui les Chaillots.) En l’an 1235, le meix de Cîteaux était « somptueusement maisonné de belles et spacieuses maisons, comme cuisines, chambres, salles, chapelle, pressoir, grange, jardin et puits tout à l’entour. »

 

Au XIV° siècle, l’ordre détenait plus de 800 ouvrées de vignes (34, 24 hectares) à Aloxe dont 130 en Vercovault, 60 au Clos de Corton (les Perrières,) 60 aux Bressandes, 12 au Clos des Poiriers (le Charlemagne) et quantité d’autres parcelles moins importantes.

 

Climat Corton Les Bressanes

 

Le domaine de Cîteaux était une terre libre sans seigneur et les moines étaient exemptés de redevances seigneuriales. Ce statut privilégié, assez rare à l’époque, les entraîna dans un conflit avec Guillaume de Serrey, seigneur de Pernand, qui prétendit prélever des taxes sur leur domaine. En 1459, l’affaire fut portée devant le bailli de Mâcon qui échappait à la juridiction du duc de Bourgogne et les Cisterciens eurent gain de cause. Les moines n’étaient pas non plus tenus de respecter le ban de vendange et pouvaient commencer de couper les raisins quand bon leur semblait. En 1262, une bulle du pape avait confirmé la liberté des vendanges pour les Cisterciens d’Aloxe. Trop pauvre pour payer des manouvriers ou des journaliers, l’ordre, qui ne percevait pas la dîme, ne pouvait posséder de serfs, en raison de son statut. Il confia les travaux de la vigne à des frères convers, vêtus d’un habit brun qui les distinguait des véritables moines généralement issus de la noblesse. Les convers, quant à eux, n’avaient prononcé que des vœux simples. De condition modeste, ils étaient originaires d’Aloxe et des paroisses voisines. Ils exécutaient leurs tâches sous la direction de l’intendant et ne retournaient à Cîteaux que pour les fêtes importantes.

 

carte postale "Les Frères Convers disant l'Office aux Champs" (c) actucity.com

 

À l’encontre du cliché tenace qui nous présente les moines comme de bons vivants, les convers menaient une existence pénible. Leur espérance de vie ne dépassait pas 28 ans et leur temps était partagé entre le travail et la prière. Pis encore, le vin leur était interdit, ce qu’ils n’admirent pas sans coup férir. Les infracteurs furent menacés d’excommunication.

 

Dès l’année 1200, quelques vignes cisterciennes furent confiées à des vignerons d’Aloxe sur la base du « mi-fruits » (partage de la récolte entre propriétaire et ouvrier.) Après le XIV° siècle, tout le travail fut effectué par des vignerons séculiers, des « laïcs. »

 

En 1361, après le traité de Brétigny, des soldats perdus de la guerre de cent ans se transportèrent vers la Saône, saccageant tout sur leur passage. C’est sans doute à cette époque que les grandes compagnies, qui, aux dires de Shakespeare « écrivaient le chagrin sur le sein de la terre, » détruisirent le domaine des Cisterciens. Les occupants se retirèrent dans le Creux de la Vallée (aujourd’hui le lieu-dit la Combe) qui était alors planté d’arbres et offrait un refuge aux infortunés Aloxois lorsque planaient les menaces.

 

En 1620, les moines cédèrent leurs vignes à plusieurs particuliers moyennant une rente annuelle. Jugeant que l’entretien de leur domaine était devenu pour eux une charge trop onéreuse, ils se laissèrent tenter par l’offre d’achat que leur fit le Beaunois Pernot-Viennot en 1622.

 

Il ne reste malheureusement plus aucune trace du passage des Cisterciens à Aloxe mais vers 1750, Monsieur Larbalestier trouva dans sa propriété du Verconsault, à une certaine profondeur dans le sol, un pilier de chapelle et de grosses pierres de taille, découverte mentionnée par l’historien Courtépée.

 

Ecoutez Claude Chapuis nous parler du Climat « Les Vercots »

Claude Chapuis – « Les Vercots »

1 Comment
  • That’s cleared my thoughts. Thanks for coitirbutnng.

    12 août 2016 at 01:34

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