Match au sommet

Au palmarès des crus les plus chers du monde, publié par le site Wine Searcher, un Richebourg d’Henri Jayer est arrivé en tête, devançant une Romanée Conti. L’information a été largement reprise dans les médias, ce qui en dit long sur la curiosité que le vin suscite désormais dans un vaste public.

 

Richebourg Grand Cru - Henri Jayer

 

Que les vins du grand Henri Jayer atteignent des prix stratosphériques est en effet remarquable, et s’explique : à la fois par leur qualité superlative (il n’est que d’écouter Jacky Rigaux en parler !) et par leur extrême rareté. C’est qu’il n’y en aura plus, hélas ! Henri Jayer n’est plus parmi nous pour en produire, depuis bien des années, même si Emmanuel Rouget, son neveu, grand vigneron de Flagey-Echézeaux, et Jean-Nicolas Méo, à la tête du Domaine Méo-Camuzet à Vosne, sont de brillants successeurs. 

 

Couverture du livre "Les Temps de la Vigne"Que le vin de la Romanée Conti réalise le même exploit, année après année, est d’une certaine façon plus remarquable encore : la qualité en est tout aussi sublime mais, à la différence des vins d’Henri Jayer, la Romanée Conti a été produite dans tous les millésimes récents. Il y en a peu, quelque milliers de bouteilles par an, mais quand même beaucoup plus que de bouteilles encore en circulation portant l’étiquette d’Henri Jayer. Simple différence de degré dans la rareté, me dira-t-on ? Reste que l’illustre Domaine offre un exemple extrême de continuité dans l’excellence – que l’on mesure l’excellence par les éloges constants qu’une critique unanime décerne à son grand cru le plus emblématique (et à ses autres vins), ou par les prix très élevés que des amateurs fortunés sont prêts à payer pour obtenir, en définitive, ce cru-là plutôt que d’autres.
Je suis frappé aussi, bien sûr, par la domination écrasante des bourgognes dans ce palmarès (40 sur 50 !). Et de constater que les trois premiers sont nés dans un mouchoir de poche, sur la commune de Vosne-Romanée !

 

La Romanée - Richebourg - Gros Parantoux @ClimaVinea

 

Beaucoup se désoleront de voir ces crus devenir inaccessibles, ou se scandaliseront de savoir que des vins quels qu’ils soient peuvent être payés aussi cher. Comment ne pas les comprendre ? Mais pour ma part je vois aussi dans ces prix record une autre forme de reconnaissance de la valeur exceptionnelle des grands climats bourguignons, dont je ne parviens pas à m’attrister.

 

Et je me dis qu’il est encore possible, heureusement, de se faire plaisir avec bien des bourgognes vingt fois moins chers mais pas vingt fois moins bons…

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