Author:Pierre

PF-Climats

Si Climats m’étaient comptés…

Un ami québécois posait récemment la question suivante :

 

Sur les 1463 Climats et lieux-dits comptabilisés, combien y a-t-il de Climats et combien de lieux-dits ? 

 

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Cette question invite à rappeler les différences entre les deux notions, qui tendent à se confondre dans l’esprit des amateurs. En outre sa formulation-même est intéressante, car elle semble prendre le chiffre 1463 pour une somme, en d’autres termes pour le résultat de l’addition de deux nombres, celui des Climats et celui des lieux-dits.

 

Lieux-dits

 

Les lieux-dits bourguignons sont des portions de territoire distinctes les unes des autres et précisément cadastrées. Ils sont le plus souvent contigus d’autres lieux-dits et situés sur le territoire d’une seule commune, à quelques exceptions près comme Les Bonnes Mares (qui s’étend sur la commune de Chambolle-Musigny et se prolonge sur celle de Morey-Saint-Denis), Bâtard-Montrachet (à cheval sur Puligny et Chassagne) ou Les Chalandins (Vosne et Flagey).

 

Pour le vignoble de la Côte d’Or, correspondant au périmètre du classement au Patrimoine mondial, nous dénombrons 1422 lieux-dits (en ce compris les 4 lieux-dits qui se trouvent sur la commune de Remigny, en Saône-et-Loire).

 

Ce nombre de 1422 n’est nullement immuable. Certains endroits qui étaient des lieux-dits viticoles ne sont plus plantés de vigne, à Couchey par exemple.

 

On notera que « Les Demoiselles », à Puligny-Montrachet, n’est pas un lieu-dit au sens cadastral, mais plutôt une partie du lieu-dit Chevalier-Montrachet, de même d’ailleurs que la parcelle dont Bouchard Père et Fils tire son Chevalier-Montrachet « La Cabotte ». En revanche Les Demoiselles est un Climat 1er cru de l’appellation PULIGNY-MONTRACHET, qui occupe une partie du lieu-dit Le Cailleret.

 

Les cartes ci-dessous le montrent. Cet exemple introduit d’ailleurs de plain-pied dans la complexité de la relation entre Climats et lieux-dits :

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Chevalier Montrachet Lieu-DitChevalier Montrachet Climat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Climats

 

Décompter les Climats est plus délicat.

 

Les Climats sont des parcelles du vignoble de la Côte précisément délimitées. Ils ne s’ajoutent pas aux lieux-dits, ils représentent une autre partition du même territoire.

 

L’aire d’un Climat coïncide le plus souvent avec celle d’un lieu-dit mais, dans de nombreux cas, il n’en va pas ainsi : certains Climat n’occupent qu’une partie de lieu-dit, d’autres englobent plusieurs lieux-dits, ou parties de lieux-dits. On trouve toutes les combinaisons. D’un point de vue strictement géographique, deux puzzles se superposent sur la Côte, celui des lieux-dits et celui des Climats, dont le découpage n’est pas identique.

 

Et comme les deux découpages diffèrent, le nombre des Climats n’a pas de raison d’être égal à celui des lieux-dits. A cela s’ajoute que certains Climats sont englobés dans d’autres Climats, alors que les lieux-dits sont des parcelles de territoire toujours distinctes les unes des autres.

 

Les Climats se distinguent aussi des lieux-dits par des caractéristiques qui en font des entités viticoles plutôt que simplement cadastrales : aux caractères physiques, qu’ils soient naturels ou influencés par la main de l’homme (composition géologique du sol, exposition ou pente) s’ajoutent en effet deux qualités abstraites qui leur sont propres : l’appartenance à une appellation d’origine contrôlée, et l’assignation à un niveau dans la hiérarchie bourguignonne des crus : Grand Cru, Premier Cru ou Village.

 

De ce fait, le nombre des Climats de la Côte peut être calculé différemment selon les conventions qu’on adopte.

 

Celles qui ont été choisies pour construire ClimaVinea traduisent le souci de distinguer les Climats aussi finement, si possible, que les vignerons eux-mêmes sur leurs étiquettes :

 

Les lieux-dits qui n’incluent pas de parcelles classées en Premier ou Grand cru sont considérés à la fois comme des lieux-dits et comme des Climats de niveau Village.

 

Beaucoup de ces Climats Village sont revendiqués par les vignerons, par exemple En la Rue de Vergy à Morey-Saint-Denis, Les Longeroies à Marsannay, En Biéveau à Santenay, Aux Champs Perdrix à Vosne-Romanée, La Justice à Gevrey-Chambertin, Pièce du Chapitre à Chorey-lès-Beaune, En Luraule, Les Tillets ou Les Luchets à Meursault. Revendiqués on non, tous sont traités comme des Climats Village. Il existe aussi deux Climats de niveau « régional », l’un à Chenôve et l’autre à Ladoix-Serrigny, et même un troisième à Dijon (Bourgogne Montrecul).

 

Pour les lieux-dits qui comportent à la fois une partie classée en Village et une ou des partie(s) classée(s) en Premier et/ou Grand Cru, la partie non classée constitue un Climat de niveau Village (par exemple la partie non-classée en Premier Cru de Les Valozières à Aloxe, et bien d’autres).

 

Un Climat est défini par la conjonction de trois éléments : son nom (qui suffit le plus souvent à identifier son lieu d’origine), son appellation et son niveau dans la hiérarchie des crus. Une différence relative à l’une quelconque de ces trois qualités suffit à établir l’existence de deux Climats distincts.

 

Exemples :

 

Le Domaine Jean Grivot élabore un Chambolle-Musigny La Combe d’Orveau de niveau village, et le Domaine Bruno Clavelier un Chambolle-Musigny La Combe d’Orveau, Premier Cru. Nous compterions, s’il fallait les compter, deux Climats La Combe d’Orveau distincts. Le lieu-dit La Combe d’Orveau, quant à lui, est unique, bien que composé de deux parties géographiquement disjointes. Une fraction de sa surface est par ailleurs comprise dans l’aire du Grand Cru Musigny

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Combe D'orveau Lieu-Dit

Combe D'orveau Climat

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une situation analogue prévaut pour le lieu-dit Monts Luisants à Morey-Saint-Denis, ou encore pour Les Gaudichots à Vosne-Romanée comme on peut voir sur la carte ci-dessous

 COMPOSITIONS PARCELLES GAUDICHOTS

 

Selon qu’ils sont du Chardonnay ou du Pinot Noir, les raisins issus du lieu-dit Sous le Puits, à Puligny-Montrachet, donnent des vins d’appellations différentes. La Maison Louis Latour, par exemple, commercialise un Puligny-Montrachet 1er Cru Sous le Puits, vin blanc, alors que d’autres vignerons (Domaine Jean Pascal, ou Domaine Larue) produisent un Blagny 1er Cru Sous le Puits, vin rouge. ClimaVinea, qui procure entre autres des listes de Climats par appellation d’origine, traite Sous le Puits, 1er Cru de l’appellation PULIGNY-MONTRACHET et Sous le Puits, 1er Cru de l’appellation BLAGNY, comme deux Climats distincts. Sur les cartes de l’application, la parcelle Sous le Puits est hachurée, pour signifier cette dichotomie, expliquée dans la légende. Mais on pourrait imaginer une autre convention.

 

D’autres questions touchent au nombre des Grands Crus

 

Y a-t-il un Climat dénommé Charmes-Chambertin ou Mazoyères-Chambertin, ou y en a-t-il deux, Charmes-Chambertin d’une part et Mazoyères-Chambertin de l’autre ? On les distingue, traditionnellement, de sorte qu’on arrive à 32 Grands Crus. Mais les aires de production des deux Climats sont identiques et les vins qui en proviennent peuvent être étiquetés Mazoyères-Chambertin ou Charmes-Chambertin, au gré des Domaines (qui revendiquent le plus souvent cette dernière appellation).

 

Il n’y a qu’un Climat Grand Cru Corton, mais quid des « sous-climats » du Corton : dira-t-on que Corton Les Bressandes, Corton Le Clos du Roi et Corton Les Renardes (il y en a 25 en tout) ne sont pas des Climats ? Si on les compte comme des Climats, sont-ils des Grands Crus ? En ce cas, faut-il les ajouter à la liste des 32 Grands Crus ?

 

Quelle règle appliquer aux Climats qui englobent d’autres Climats ?

 

Faut-il décompter un ou deux Climat(s) Morgeot, le petit qui donne son nom à l’ensemble, et le grand qui englobe tous les autres ? Même interrogation pour La Boudriotte et Les Brussonnes, qui peuvent donner leur nom à d’autres Climats et constituent des sous-ensembles de l’ensemble Morgeot. De même pour Sous Frétille, à Pernand-Vergelesses, qui est à la fois le nom d’un Climat et celui d’un ensemble de Climats de même niveau et de même appellation regroupés autour de lui, etc.

 

Nous estimerions pour notre part que Morgeot, La Boudriotte, Les Brussonnes, Sous Frétille et les autres du même type, ne sont à compter chacun qu’une seule fois. Cependant nous donnons dans ClimaVinea, pour les spécialistes, la superficie et les caractéristiques de ces Climats dans leurs deux configurations.

 

Comme rien n’est simple en Bourgogne, on observera que certains Climats englobants doivent tout de même être décomptés en sus de ceux qu’ils englobent : ce cas se présente lorsqu’un Climat est le regroupement d’autres Climats dont aucun ne porte son nom.

 

Ainsi de La Grande Montagne, à Chassagne-Montrachet, qui désigne l’ensemble composé des Climats La Romanée, En Virondot, Les Grandes Ruchottes et Tonton Marcel, qui sont tous des Premiers Crus. Certes Tonton Marcel passe pour être le « surnom » de La Grande Montagne, mais il reste que l’amateur peut rencontrer cinq noms différents sur les bouteilles issues de cet ensemble : les vins peuvent en effet soit porter le nom d’un des quatre Climats (s’ils en proviennent exclusivement) soit être étiquetés La Grande Montagne, au choix du producteur. Le Domaine Fontaine-Gagnard, par exemple, produit à la fois un Chassagne-Montrachet La Romanée et un Chassagne-Montrachet La Grande Montagne, tous deux en blanc…

 

Donner un chiffre pour le nombre des Climats est donc affaire de convention. ClimaVinea ne propose de total ni pour les lieux-dits ni pour les Climats. Les conventions que nous avons appliquées ne permettraient d’ailleurs pas de retrouver le chiffre de 1463.

 

S’il fallait donner un chiffre, compte tenu des choix exposés ci-dessus, le décompte auquel nous aboutirions, qui ne prétend pas être la vérité, serait le suivant :

 

Climats Grand Cru               32

Sous-Climats du Corton     25

Climats Premier Cru            470

Climats Village                      1 022

Climats « régionaux »          2 (peut-être 3)

_____

TOTAL                                     1 551

 

En définitive, même si on estime que les lieux-dits qui n’abritent pas de parcelle classée en Premier ou Grand Cru ne sont pas des Climats, additionner des Climats et des lieux-dits ne fait pas vraiment sens. L’exemple cité plus haut de La Combe d’Orveau, parmi d’autres, le montre : que pourrait signifier l’addition du lieu-dit et des Climats qui y sont situés ?

 

Mais peut-être l’auteur de la question avait-il à l’esprit l’addition de deux ensembles disparates : les seuls lieux-dits n’abritant pas de parcelle classée en Premier ou Grand Cru, d’une part, l’ensemble des Climats classés en Premier et Grand Cru de l’autre ?

 

Cela exclurait du décompte des lieux-dits tous ceux qui comportent des parcelles classées en Premier Cru, en Grand Cru, ou les deux ?

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HenriJayer

Match au sommet

Au palmarès des crus les plus chers du monde, publié par le site Wine Searcher, un Richebourg d’Henri Jayer est arrivé en tête, devançant une Romanée Conti. L’information a été largement reprise dans les médias, ce qui en dit long sur la curiosité que le vin suscite désormais dans un vaste public.

 

Richebourg Grand Cru - Henri Jayer

 

Que les vins du grand Henri Jayer atteignent des prix stratosphériques est en effet remarquable, et s’explique : à la fois par leur qualité superlative (il n’est que d’écouter Jacky Rigaux en parler !) et par leur extrême rareté. C’est qu’il n’y en aura plus, hélas ! Henri Jayer n’est plus parmi nous pour en produire, depuis bien des années, même si Emmanuel Rouget, son neveu, grand vigneron de Flagey-Echézeaux, et Jean-Nicolas Méo, à la tête du Domaine Méo-Camuzet à Vosne, sont de brillants successeurs. 

 

Couverture du livre "Les Temps de la Vigne"Que le vin de la Romanée Conti réalise le même exploit, année après année, est d’une certaine façon plus remarquable encore : la qualité en est tout aussi sublime mais, à la différence des vins d’Henri Jayer, la Romanée Conti a été produite dans tous les millésimes récents. Il y en a peu, quelque milliers de bouteilles par an, mais quand même beaucoup plus que de bouteilles encore en circulation portant l’étiquette d’Henri Jayer. Simple différence de degré dans la rareté, me dira-t-on ? Reste que l’illustre Domaine offre un exemple extrême de continuité dans l’excellence – que l’on mesure l’excellence par les éloges constants qu’une critique unanime décerne à son grand cru le plus emblématique (et à ses autres vins), ou par les prix très élevés que des amateurs fortunés sont prêts à payer pour obtenir, en définitive, ce cru-là plutôt que d’autres.
Je suis frappé aussi, bien sûr, par la domination écrasante des bourgognes dans ce palmarès (40 sur 50 !). Et de constater que les trois premiers sont nés dans un mouchoir de poche, sur la commune de Vosne-Romanée !

 

La Romanée - Richebourg - Gros Parantoux @ClimaVinea

 

Beaucoup se désoleront de voir ces crus devenir inaccessibles, ou se scandaliseront de savoir que des vins quels qu’ils soient peuvent être payés aussi cher. Comment ne pas les comprendre ? Mais pour ma part je vois aussi dans ces prix record une autre forme de reconnaissance de la valeur exceptionnelle des grands climats bourguignons, dont je ne parviens pas à m’attrister.

 

Et je me dis qu’il est encore possible, heureusement, de se faire plaisir avec bien des bourgognes vingt fois moins chers mais pas vingt fois moins bons…

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Abbaye de Saint-Vivant @Marie2015

Le Prieuré de Saint-Vivant de Vergy et ses vignes de Vosne

L’évocation qui suit puise toute son information dans le bel et savant ouvrage publié en 2010 par les soins de l’Association L’abbaye de Saint-Vivant :

 Saint-Vivant de Vergy : un prieuré clunisien au cœur de la Bourgogne, collectif, coordonné par A. Rauwel, Association L’abbaye de Saint-Vivant, Curtil-Vergy, 2010. Ouvrage disponible à la librairie de l’Athenaeum de la vigne et du vin, à Beaune (https://www.athenaeum.com/).

Saint-VivantLivre

 

Sa légende fait de saint Vivant (Viventius) un Samaritain converti au christianisme, arrivé d’Orient au IVème siècle dans l’ouest de la Gaule pour échapper aux persécutions romaines. Il y aurait mené une longue vie errante, solitaire et ostensiblement marquée, aux yeux des contemporains, du sceau de la grâce divine.

 

Cinq siècles plus tard, fuyant les exactions perpétrées par des pillards normands sur les rivages de l’actuelle Vendée, des moines emportant les reliques du saint trouvent refuge en Auvergne, puis à la lisière du Jura, enfin dans le Beaunois où le comte Manassès l’Ancien leur offre, sur les hauteurs fortifiées de Vergy, un séjour plus sûr où transférer leur monastère et mettre un terme à leurs pérégrinations.

 

Édifié à l’orée du X° siècle, Saint-Vivant de Vergy – église abbatiale, chapelle, cloitre et bâtiments claustraux – demeurera sur cette colline rocheuse des Hautes-Côtes pendant plus de huit cents ans dans sa forme médiévale.

 

Un prieuré clunisien

 

L’installation à Vergy de l’abbaye de Saint-Vivant, dont les moines suivent la règle de saint Benoit, est quasi-contemporaine de la fondation, dans le sud de la Bourgogne, d’une autre abbaye bénédictine, emblématique de l’essor du monachisme à l’approche de l’An Mil : Cluny, puissant foyer de réforme de la vie monastique, dont le rayonnement spirituel lui permet d’exercer bientôt une véritable hégémonie sur de nombreux monastères.

 

 

Quelque deux cents ans après sa fondation, Saint-Vivant de Vergy devient ainsi un prieuré clunisien, perdant au passage son statut d’abbaye, sans qu’on sache par qui ce rattachement est décidé. Devenu une dépendance de Cluny, alors à son apogée, Saint-Vivant n’en conserve pas moins autorité sur maintes églises et chapelles alentour, ainsi que de nombreux privilèges et un prestige qui continuera de lui attirer d’importantes donations ducales et seigneuriales.

 

Le temporel de Saint-Vivant, richement doté dès l’origine, s’accroît ainsi, du XI° au XIV° siècle, de prés, de forêts et de vignes, ainsi que de dîmes, de droits de justice et de redevances foncières qui lui assurent des revenus substantiels, même si les époques de prospérité alternent avec des périodes plus sombres.

 

Dès les années 1130 le prieuré est en mesure de concéder lui-même des biens à l’abbaye de La Bussière-sur-Ouche. Quoique circonspect à l’égard de l’expansionnisme cistercien, c’est aussi le prieuré qui, en 1168, reconnaît à l’abbaye de Cîteaux, contre une redevance en argent, la propriété de terres à Vougeot qui formeront par la suite le célèbre Clos.

 

C’est semble-t-il en contrepartie des terres concédées par eux à l’abbaye de la Bussière que Hugues, duc de Bourgogne, donne aux moines de Saint-Vivant, en 1131, toutes ses possessions sur le territoire de Vosne et de Flagey.

 

Le « clos de vignes » du prieuré à Vosne

 

Comme tous ceux du Moyen-Âge, les religieux de Saint-Vivant attachent un grand prix à la vigne. Le vin est nécessaire à la liturgie et son statut dans les Écritures lui confère une charge symbolique évidente.

 

Posséder des vignes est aussi, depuis l’Antiquité, un attribut de la vie aristocratique. Le monachisme médiéval, qu’il s’agisse de l’origine des moines eux-mêmes ou des protections, donations et privilèges dont ils bénéficient, s’inscrit pleinement dans le mouvement de la société aristocratique. La culture de la vigne est d’ailleurs rarement le fait des moines eux-mêmes. Elle est le plus souvent déléguée à des frères convers, de plus basse extraction, ou à des paysans du voisinage.

 

Les vignes représentent une part importante du temporel du prieuré de Saint-Vivant, principalement sur les finages de Curtil-Vergy, Arcenant et Vosne. L’exploitation du vignoble, sous diverses formes, procure des revenus substantiels. C’est à Vosne que se situent les parcelles les plus étendues, mais on ignore depuis quand elles sont plantées de vignes, la donation de Hugues ayant consisté en terres encore incultes.

 

Il est cependant établi que, vers la fin du XIII° siècle, suite à diverses transactions, le prieuré possède à Vosne un « clos de vignes ». Il s’étend des bâtiments du vendangeoir des moines (qui abrite aujourd’hui une partie de l’activité du Domaine de la Romanée-Conti) jusqu’au chemin qui borde le lieu-dit Les Richebourgs. Il inclut semble-t-il, dès 1302, l’aire du futur climat Romanée Saint-Vivant, hormis quelques ouvrées, mais ne s’y limite pas.

 

Un inventaire (« terrier ») du temporel du prieuré établi beaucoup plus tard, en 1512, mentionne les trois parcelles composant l’essentiel de ce futur climat – Clos des Neuf Journaux, Clos du Moytan (milieu) et Clos des Quatre Journaux – mais aussi un Clos des Cinq Journaux, qui prendra le nom de Crot des Cloux avant d’être cédé par le prieuré en 1584. Après avoir plusieurs fois changé de mains, le Crot des Cloux sera acquis en 1760 par Louis-François de Bourbon et deviendra la Romanée Conti.

 

Il faut attendre 1765 pour voir apparaître pour la première fois dans un document l’expression « Romanée de Saint-Vivant ». On ignore l’origine du mot Romanée. Jean-François Bazin a émis l’hypothèse que ce nom, qui se retrouve dans celui de plusieurs climats en divers endroits de la Côte, vient de romenie, vieux mot français désignant un vin de légende de la Grèce antique.

 

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Dévolution des vignes du prieuré après la Révolution

 

 

Les trois Clos formant le futur Grand Cru Romanée Saint-Vivant seront vendus en 1791 comme biens nationaux, vignes et bâtiments, à Nicolas-Joseph Marey.

 

Ce dernier ayant épousé l’une des filles du grand mathématicien Gaspard Monge, personnalité de premier plan de la Révolution et de l’Empire, ses enfants obtiendront en 1840 de s’appeller Marey-Monge. C’est sous la dénomination Romanée Saint-Vivant Marey-Monge – rare exemple de patronyme accolé à un nom de climat – que ces vignes demeureront dans la même famille jusqu’en 1988, à l’exception toutefois du Clos des Quatre Journaux, cédé en 1898 à la famille Latour.

 

La Maison Louis Latour commercialise encore de nos jours sous l’appellation « Romanée-Saint-Vivant Les Quatre Journaux » le vin issu d’une fraction de cette parcelle, dont d’autres parties sont aujourd’hui exploitées par divers propriétaires.

 

Le Domaine de la Romanée-Conti a acquis en 1988 la Romanée Saint-Vivant Marey-Monge, représentant 5ha 28a 58ca (près de 60% de l’aire du Grand Cru actuel), dont il exploitait les vignes en fermage depuis 1966.

 

Le destin des bâtiments du monastère et la renaissance du site

 

Saint-Vivant de Vergy a cessé d’exister en tant qu’institution monastique à la veille de la Révolution. Quant aux bâtiments formant le monastère, ils ont été vendus comme biens nationaux quelques années plus tard, en 1796.

 

Ces bâtiments de 1796 n’étaient plus ceux du monastère médiéval, dont il ne reste que de rares vestiges.

 

Au début du XVII° siècle, en effet, alors que la ferveur des temps anciens paraissait tarie, des conflits multiples opposèrent moines, prieurs et autorités ecclésiastiques quant à l’état des bâtiments, dont certaines parties menaçaient ruine. Sans doute les ravages de la Guerre de Cent Ans, les famines, épidémies et calamités de toutes sortes qui avaient marqué la fin du Moyen-Âge avaient-ils de longue date contribué à les ébranler, de même que l’assise matérielle et morale de nombreuses institutions de cette époque troublée.

 

Litiges et contentieux successifs conduisirent en tous cas, à partir de 1766, à détruire l’ancien monastère et à le reconstruire entièrement – comme bien d’autres édifices religieux le furent en ce temps-là. Les ruines qu’on peut voir aujourd’hui et qui font l’objet des travaux de restauration confiés à l’architecte Christian Laporte sont celles de ces constructions du XVIII° siècle.

 

Leur état de ruine s’explique par le fait qu’elles ont été elles-mêmes en partie démolies par leur acquéreur de 1796. Elles ont subi en outre toutes sortes de pillages et sont restées plus ou moins à l’abandon pendant plus d’un siècle. Des tentatives de restauration lancées par la suite n’ont pas pu enrayer la lente dégradation de ce qui restait des bâtiments du prieuré.

 

C’est seulement depuis une vingtaine d’année que ce déclin qui semblait inexorable a pu être stoppé et qu’un nouvel avenir se dessine pour le site, à l’initiative et grâce au soutien financier et moral du Domaine de la Romanée-Conti.

 

Le rachat de l’imposante ruine en 1996 a permis de la sauver de la disparition et de mettre en œuvre un projet structuré de protection et de consolidation du site sous la direction de Christian Laporte, que ses études antérieures sur les bâtiments du monastère recommandaient particulièrement pour cette tâche.

 

La constitution de l’Association de l’abbaye de Saint-Vivant, présidée par Aubert de Villaine, co-gérant du Domaine de la Romanée-Conti, organise cet effort et permet de fédérer les contributions de modernes donateurs.

 

On se reportera avec intérêt au site de l’association (www.saint-vivant.net) pour se faire une idée de la nature et de l’importance des travaux entrepris depuis 2001.

 

Grâce à ces travaux – et en attendant de livrer peut-être aux chercheurs d’autres secrets du temps de sa grandeur – le prieuré de Saint-Vivant de Vergy, du haut de sa colline dominant l’Arrière-Côte, portera à nouveau témoignage d’une époque inspirée où des communautés de moines animés d’une foi ardente posèrent aussi les bases d’une œuvre vigneronne entièrement originale qui se poursuit de nos jours.

 

Le site devrait pouvoir être ouvert à la visite en 2017.

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